LEXIQUE DE LA CONSTRUCTION EN TERRE CRUE ET EN TERRE STABILISÉE

 

LEXIQUE DE LA CONSTRUCTION EN     TERRE CRUE ET EN TERRE STABILISÉE

Le terme “construire en terre”, largement utilisé en français, laisse la porte ouverte à de multiples techniques, qui transforment des « terres » en matériau de construc- tion à grand renfort de liants, dont la production émet souvent beaucoup de CO². Dans les pays voisins, par contre, l’argile est clairement identifiée comme l’élé- ment central qui caractérise la technique dont nous souhaitons développer l’usage.

Construire en terre crue, c’est construire avec le liant argile. L’argile, tant qu’elle n’est pas cuite, garde une réversibilité éternelle. Grâce à ce liant naturel, largement disponible, on peut construire puis déconstruire et reconstruire avec peu d’énergie et un faible impact environnemental, tout en apportant aux usagers un excellent confort hygrothermique.

AsTerre, l’association nationale des professionnels de la terre crue, a engagé un travail de sémantique pour lever les ambiguïtés et proposer un outil partagé. L’ob- jectif est de défendre un matériau millénaire, ses cultures constructives et ses savoir- faire très variés, mais également de souligner les différences entre les innovations en cours. Cette initiative permet aussi de valoriser les acquis et les atouts nés des usages de cette ressource naturellement cohésive que nous a offert la nature.

Les Guides de bonnes pratiques de la construction en terre crue, rédigés par les structures membres de la Confédération de la construction en terre crue, ont déjà défini la terre crue, la terre à bâtir. En complément, pour éviter l’usurpation d’identité qui accompagne certaines démarches de greenwashing et parce que cela définit et reflète les valeurs que nous défendons, la commission technique d’Asterre a réuni pendant plus d’un an des professionnels de toutes compétences pour travailler sur ce sujet. Le lexique que nous avons élaboré est une base susceptible d’évoluer.

Nous vous le proposons, utilisez-le !

Professionnels de la terre crue, c’est l’argile qui nous lie…


Terre de construction / Terre à bâtir

La terre minérale propre à la construction se trouve généralement sous la terre végétale. Elle résulte de l’altération superficielle des roches qui sont alors transformées par des processus naturels d’érosion chimique et physique. Elle peut donc être régionalement et localement de type très différent. La terre de construction est exempte de matières organiques. C’est un mélange de minéraux argileux et d’autres minéraux en différentes proportions (limons, sables, graviers et cailloux), qui forment la structure granulaire. Chaque terre de construction a un mélange de grains qui lui est propre et contient suffisamment d’argile pour assurer la cohésion de la matière.

Matériau de construction en terre crue

On parle de materiau de construction en terre crue quand la cohésion est uniquement assurée par la fraction argileuse des grains. La terre pourra éventuellement être modifiée par transformation physique (concassage, tamisage, broyage) et/ou par amendement de fibres et granulats géo- sourcés et/ou biosourcés et/ou par mélange de différentes terres de construction pour la prépara- tion de ce matériau.

Le terme « matériau de construction en terre crue » est réservé à une utilisation sans aucun liant complémentaire, l’argile étant l’unique liant assurant la cohésion de la matière.

Matériau de construction en terre stabilisée

L’ajout d’un liant complémentaire à forte dose (supérieure à 1 % de la masse sèche totale mise en œuvre) modifie les propriétés mécaniques et/ou physico-chimiques ainsi que le processus de cohésion du matériau de construction.

Le pourcentage de liant est calculé de la manière suivante :

95 % de terre + 5 % de chaux (NHL 3.5) = 100 % de mélange sec

Cela représente pour 1000 g de mélange sec : 950 g de terre et 50 g de chaux (NHL 3.5).

Chaque fois qu’un liant complémentaire sera ajouté, il faudra utiliser le terme « matériau de construction en terre stabilisée ».

Les liants complémentaires peuvent être de type :

• Minéral

  • Ciments selon NF EN 197-1, NF 14647 ou NF P15-314

  • Chaux hydrauliques selon NF EN 459-1

  • Chaux aériennes selon NF EN 459-1

  • Plâtres selon NF EN 13279

  • Laitiers de hauts fourneaux selon NF EN 15167-1

• Organique

  • Résines et polymères (aminoplastes, huile de lin, gomme naturelle, cire, etc.)

  • Produits hydrocarbonés (bitume, goudron)

  • Végétaux (fumier, cellulose, amidon) La liste n’est pas exhaustive.

Réversibilité

Un matériau de construction en terre crue est remodelable par l’action de l’eau. Après séchage, l’ar- gile retrouve l’intégralité de sa cohésion initiale et peut alors servir à nouveau de liant. Le matériau de construction en terre crue a des propriétés intrinsèques identiques à celles de son utilisation antérieure.

Il est possible d’ajouter la notion de « réversible » ou « non réversible » à la dénomination du matériau.

Fibre

La fibre est un « élément mince et allongé souvent flexible, rarement isolé, constitutif d’un tissu or- ganique, d’une substance minérale ou d’une matière artificielle » (www.cnrtl.fr/definition/fibre).

Fibres biosourcées

matériaux issus de la biomasse d’origine animale ou végétale qui peuvent être modifiés uniquement par broyage ou autres actions mécaniques.

Fibres complémentaires

toutes les fibres non biosourcées

Elles peuvent être de type :

• Minéral :

    • Métal

    • Laine de verre

• Synthétique :

    • Polyamide

    • Polyester

    • Viscose

    • Alginate

La liste n’est pas exhaustive.

Siunefibrecomplémentairenonbiosourcéeestincorporée,letypedefibresera ajoutéà ladénominationdumatériau.

Additif

Un additif est un produit dont l’incorporation au matériau de construction à faible dose (inférieure à 1% de la masse sèche totale mise en œuvre), lors du malaxage ou avant la mise   en œuvre, provoque des modifications des propriétés du mélange, à l’état frais ou durci.
Le pourcentage d’additif est calculé de la manière suivante :
99,5% de terre + 0,5% d’additif = 100% de mélange sec.Cela représente pour 1000g de mélange sec :
995g de terre et 5g d’additif.

Les additifs peuvent être de type biosourcé ou synthétique.

  

Techniques constructives

EnduitEnduit (E)

mélange plastique ou mortier avec lequel on recouvre un mur ou un plafond brut, en général pour lui donner une surface uniforme et plane, et éventuellement d’autres caractéristiques et fonctions comme celle de protéger des intempéries ou de constituer un parement uniforme à caractère décoratif.

Enduit terre crue : le liant est exclusivement l’argile crue.

(cf.Guide des Bonnes Pratiques : enduit en terre)

Enduit terre-chaux : un liant complémentaire de type chaux (aérienne ou hydraulique) a été ajouté dans le mélange. Il s’agit donc d’un en- duit en terre stabilisée (Es).

Enduit terre-liant : un liant complémentaire autre à indiquer

 

https://www.asterre.org/wp-content/uploads/2022/02/lexique-de-la-construction-en-terre-crue-et-en-terre-stabilisee_ASTerre.pdf

Terre allégée (TA)

procédé non porteur coffré, composé d’une matrice argileuse en- robant des granulats végétaux ou minéraux, ayant généralement une densité sèche de 200 à 1200 kg/m³, mis en œuvre à l’état humide (cof- frage perdu ou non, application manuelle à la truelle ou par projection mécanisée) ou sec (préfabrication). C’est une technique d’isolation thermique et phonique non porteuse.

(cf. Guide des Bonnes Pratiques : terre allégée).

Il est nécessaire d’indiquer :

  • le type de fibre en cas de mélange terre-fibre

  • le mode de pose (projection, compaction, préfabrication)

  • la densité (entre 200 et 1200 kg/m³)

 

https://www.asterre.org/wp-content/uploads/2022/02/lexique-de-la-construction-en-terre-crue-et-en-terre-stabilisee

Torchis (T)

complexe de garnissage ou de remplissage composé d’un mélange de terre de construction, de fibres végétales et d’eau, fixé sur des sup- ports en bois et/ou en fibres végétales.

(cf.Guide des Bonnes Pratiques : torchis)

 

 

https://www.asterre.org/wp-content/uploads/2022/02/lexique-de-la-construction-en-terre-crue-et-en-terre-stabilisee_ASTerre

 Bauge (B)

matériau de construction en terre crue mis en œuvre à l’état plastique pour élever directement un mur, amendé ou non en fibres, dans la me- sure où la densité reste supérieure à 1,3.

(cf. Guide des Bonnes Pratiques : Bauge).

 

 

Pisé (P)

technique de mise en œuvre de matériau de construction en terre crue définie par une terre de construction humide, généralement sans éléments végétaux. La mise en œuvre s’effectue par couches de hauteur régulière dans un coffrage rigide et stable, via un compactage dynamique régulier, ou damage, exercé à l’aide d’un outil manuel ou mécanique.

(cf. Guide des Bonnes Pratiques : pisé)

 

Terre coulée

Terre coulée (TC)

matériau de construction en terre crue mis en œuvre à l’état liquide dans des coffrages, puis décoffré à la manière du béton banché.

Brique/bloc de terre crue (BTM, BTE, BTC, adobe)

briques dont le liant principal est l’argile et dont la masse volumique est supérieure à 1400 kg/.m³. (cf. Guide des Bonnes Pratiques : brique de terre crue et norme XP P13-901). Les termes bloc et bri- que se retrouvent dans la littérature et ont ici la même signification.

Brique de terre moulée

 Moulée (BTM) ou adobe

brique de terre obtenue par moulage, en général manuel, de maté- riau de construction en terre crue. Les adobes et carreaux de terre sont considérés comme des briques de terre moulée.

 

 

Brique de terre extrudée

Extrudée (BTE)

brique obtenue par extrusion continue de matériau de construction en terre crue puis coupée en sortie de filière.

 

 

 

Brique de terre compriméeComprimée/Compressée/ (BTC)

brique obtenue par compression statique ou dynamique de matériau de construction en terre crue, en général à l’aide d’une presse. Les ter- mes « comprimée » et « compressée » se retrouvent dans la littérature et ont ici la même signification.

 

 

Désignation

La désignation comportera dans l’ordre les caractéristiques dénommées de la manière suivante, séparées par une barre oblique :

« Technique constructive avec indication d’une éventuelle stabilisation / Réversibilité / Liant com- plémentaire et % »

Le tableau ci-dessous ne se lit pas horizontalement. Il faut choisir pour chaque catégorie le terme qui se réfère au matériau utilisé.

Cette désignation sera indiquée dans les documents techniques du produit ou du matériau de construction.

Pour toutes les techniques constructives, s’il est utilisé un liant complémentaire, il faut alors utiliser le terme « technique constructive stabilisée ».

Par exemple : TCs pour terre coulée stabilisée, BTCs pour brique de terre compressée stabilisée, Ps pour pisé stabilisé, etc.

Le matériau est soit de la « terre crue », soit de la « terre stabilisée ».

En cas de stabilisation réversible (colle, amidon, etc.), il est cependant possible d’indiquer la notion de réversibilité.

désignations

À titre d’exemple :

une brique de terre compressée crue se note « BTC »

une brique de terre compressée stabilisée avec 5 % d’amidon se note : « BTCs/r/amidon 5 % »

une brique de terre compressée stabilisée avec 3 % de ciment CEM I et 1 % de chaux hydraulique NHL3.5 se note : « BTCs/CEM I 3 % + NHL3.5 1 % »

 

Bibliographie

  • CRAterre, Hugo Houben et Hubert Guillaud, Traité de construction en terre, éditions Parenthèses, 2006.

  • Norme XP P13-901: Blocs de terre comprimée pour murs et cloisons, 2021.

  • Guide de bonnes pratiques de la construction en terre crue, 2009.

  • CRAterre, Construire en pisé_Prescriptions de dimensionnement et de mise en œuvre, éditions du Moniteur, 2020.

  Toutes les photos © Angèle Keserwany sauf la photo des BTC © Grégoire Aguettant et la photo des BTE © Pascal Maillard.