Rencontrez nos membres #1 : Raz de Terre
AsTerre donne la parole à ses membres. L’association Raz de Terre nous a ouvert les portes de sa fabrique artisanale d'adobes. Leur mission est double : d'une part, la production d'un matériau 100% écologique et réutilisable pour les artisans ; d'autre part, la sensibilisation du grand public à travers des ateliers participatifs. Découvrez notre échange avec Vincent et Léa, deux des co-fondateur·rices de la briqueterie associative.
Propos recueillis par Adeline Tornambe, étudiante membre AsTerre
Quelles sont vos activités ?
Raz de Terre (Vincent) : Notre activité principale, c'est la fabrication d'adobes, ce sont des briques moulées à la main. L'association a deux volets majeurs :
- Production de matériaux : Rendre les matériaux (adobes) disponibles pour les artisans et artisanes qui souhaitent mettre en œuvre la terre crue pour des constructions à sec, avec de petits éléments.
- Sensibilisation et Transmission : À travers notre espace de production, nous accueillons du public, des bénévoles. Nous organisons des ateliers et des chantiers participatifs pour transmettre notre savoir-faire.
Notre objectif est de redonner à la terre crue ses lettres de noblesse. C'est un super matériau écologique, réutilisable à l'infini, avec lequel on peut vraiment tout faire. Nous cherchons à amener les gens à se réapproprier l'acte de construire avec une ressource disponible partout.
Alors, quels sont vos moyens techniques à disposition ?
R(Léa) : Nous avons peu de moyens mécaniques car nous défendons une fabrique très artisanale.
- Le moyen le plus important est l'humain : La fabrication des adobes est très demandeuse en temps.
- Notre matériel : Des moules en bois, une grosse cuve pour le mélange, et parfois un malaxeur pour les très grosses quantités (mais le mélange peut aussi se faire aux pieds !).
- La Serre : Notre espace le plus important, qui sert à la fois de lieu de production, de séchage, et de stockage.
- Financement : L'association est jeune (moins de 2 ans). Pour démarrer, nous avons réalisé une levée de fonds qui nous a permis de récolter 7 000 € pour les investissements de base (serre, seaux, transpalette).
Nous défendons ce modèle artisanal : l'intérêt n'est pas la mécanisation, mais le savoir-faire, la présence d'hommes et de femmes qui participent à la création des matériaux, plus que des machines.
Il y a d’autres matériaux locaux. Pourquoi avoir choisi la terre crue ?
R (V) : Pour moi, la terre crue est le seul matériau vraiment écologique (peut-être avec le bois, mais cette filière est très mécanisée, demande de l'usinage, et la ressource met du temps à repousser). La terre crue est disponible partout. Elle est très facile à prendre en main, douce, non nocive et saine. Elle est permissive pour s'y essayer. C'est un matériau qui nous oblige à un retour à des choses plus simples, plus concrètes. Contrairement au bois ou au ciment, la terre ne se prête pas à l'industrialisation ou aux grandes centrales. Elle nous dicte la méthode de travail : il faut s'y soumettre, attendre la bonne saison pour la travailler et pour qu'elle sèche, ne pas la manipuler par temps de gel ou de forte chaleur.
R (L) : Un autre point très pertinent est son cycle de vie. La terre crue, utilisée sans stabilisant (pas de chaux, pas de ciment, ce que nous prônons), peut être réutilisable, réemployable à l'infini. C'est cela qui nous permet d'avoir l'empreinte la plus faible possible sur notre environnement.
Quelles sont les motivations principales de ceux qui choisissent la terre crue comme matériau de construction ?
R (V) : Les motivations sont multiples. Les clients cherchent à rénover de manière plus sensée par rapport au monde actuel. Il est très rapide d'apprendre à mettre la main à la pâte (par exemple, faire des enduits). Les gens veulent participer activement à la mise en oeuvre avec des matériaux non nocifs.
R (L) : Toucher la matière est très sensoriel et presque "régressif" (ex. faire les mélanges au pied). Un chantier en terre est très convivial, sans le bruit des machines, et devient un lieu de rencontre et de création de connexions.
R (V) : La terre crue est un matériau vivant qui régule l'humidité, l'acoustique et la chaleur, offrant un intérieur très agréable. Le taux d'humidité de la terre correspond étonnamment à celui dont l'humain a besoin.
Quel point qui vous tient à cœur que vous pouvez nous partager ?
R(V) : C'est de garder le côté artisanal et de réduire la mécanisation au maximum pour : valoriser le savoir-faire et le fait de faire ensemble sur un chantier, pour remettre l'humain au centre de la conception et de la construction, et pour être attentif au corps et à nos capacités.
Nous ne cherchons pas à devenir millionnaires en vendant des millions de briques, car ce n'est ni possible physiquement, ni notre but. Nous œuvrons plutôt pour qu'il y ait plein de petites briqueteries locales, où l'on revienne à l'idée de refaire des briques à la bonne saison dans les villages.